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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 11:37

Manuel Valls décrédibilise encore plus la fonction de Premier ministre. Après avoir cru normal de prendre un avion de la République pour aller assister au match du Barça à Berlin (peut-être pensait-il aussi que cela fait peuple d’apparaître comme un supporter…) en emmenant ses enfants toute honte bue ; avoir fait passer en force (une deuxième fois et sans doute pas la dernière) le projet de loi Macron à l’Assemblée parce qu’il avait peur de ne pas recueillir de majorité par un vote normal, le voilà qui repart à l’attaque et, au lieu de s’en prendre au chômage, aux bas salaires, à l’emploi industriel (où le bilan de trois ans de gouvernements Ayrault Valls est quand même marqué par une aggravation de la situation), il s’en prend à Christiane Taubira sur les 32 heures. La Garde des Sceaux a dit une phrase très juste, que partagent tous ceux qui connaissent le travail et sa valeur autrement que par le biais de la valeur du capital : « J’estime que l’idéal, c’est que les gens puissent travailler 32 heures dans une semaine. Pour avoir du temps pour se consacrer aux autres dans des associations. Pour avoir le temps d’aller au musée, pour avoir le temps quand c’est possible d’aller sur la plage, de déambuler, de marcher, de parler à ses voisins, d’aller en librairie, au cinéma, au théâtre, etc. Voilà la société dont on peut rêver » Elle n’évoquait pas même l’idée de le faire maintenant, elle parlait d’un rêve, d’une utopie. Mais avec Valls on n’a pas le droit de rêver et sa réponse est affligeante. Il « tacle » et parle d’autre chose. La morgue de classe renaît sous les traits hautains du maître de Matignon : « Le travail, c’est une valeur. Le mérite, c’est une valeur. Et l’engagement que les Français attendent aujourd’hui pour leurs enfants et leurs petits-enfants, c’est une bonne formation pour avoir demain un bon travail. Soyons pragmatiques, sortons des dogmes, engageons nous pour la croissance et le travail pour notre pays. C’est mon action ».

Outre que son action est inefficace, l’homme qui fit moins de 6% à la primaire socialiste pour la présidentielle de 2012 est insultant à la fois pour ceux qui ont du travail et pour ceux qui n’en ont pas. La seule solution qu’il donne : avoir aujourd’hui une bonne formation pour avoir du travail demain. (En somme : demain on rase gratis). Et les milliers de jeunes qui sortent des écoles et des universités et qui n’ont pas de travail aujourd’hui ? Et la précarisation du travail salarié ? Et la fermeture des usines et des entreprises de recherche ? Motus et bouche cousue. Diminuer le temps de travail, le rendre moins pénible permettraient d’embaucher, mais de cela le Premier ministre n’en a cure. Il faudrait, pour qu’il puisse y songer une seconde, qu’il connaisse le travail. Mais c’est peut être trop demander au président de la République, au Premier ministre et à la plupart des actuels ministres.

Sur un autre point Manuel Valls frôle le zéro degré de la pensée politique (pour ne pas dire de la pensée tout court). En réponse aux propos imbéciles et dangereux de Nicolas Sarkozy, il a cette sortie : « tous les responsables politiques doivent, dans l’attitude comme dans le langage, être au niveau que les Français attendent », ce qui, d’ailleurs n’est pas fondamentalement une critique mais sonne bien mal dans la bouche de l’homme qui a stigmatisé les Rroms, qui fait donner ses forces de répression contre les migrants et qui trouvait que sur le marché d’Evry il n’y avait pas assez de « blancos ».

De fait, Sarkozy et Valls jouent le même jeu. Le Premier ministre pense que François Hollande est out. Et Sarkozy lui semble être le meilleur repoussoir. Il pense pouvoir surfer de nouveau sur le rejet de l’ancien président de la République et faire croire que le match opposera les deux hommes. Mais la politique n’est pas un match, c’est l’appropriation par le peuple de son avenir. Il est vrai que pour quelqu’un qui n’a connu que les palais et écuries présidentiels, c’est dur à comprendre.

Le supporter cinq étoile du Barça, n’est qu’un homme de droite dont le rêve ne s’appelle que pouvoir.

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Published by jacques dimet - dans Politique
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