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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 01:00

Une première remarque, Le Petit Journal se gausse de la télévision cubaine qui réalise, dixit Canal +, un micro trottoir. Tout le monde sait ce que vaut un micro trottoir, et ce dans tous les pays du monde. Le Petit Journal –et notamment un de ses journalistes vedettes- parlera de faux micro trottoir. On peut être en désaccord avec les interviewés, mais en quoi ces micro trottoirs seraient-ils faux ? Les interviewés ne disent-ils pas ce qu’ils pensent ? Seraient-ils des salariés de la télévision cubaine ? On peut trouver partial le choix fait par la télé cubaine (et encore nous n’en avons vu que les courts extraits diffusés par Canal +). À dire vrai, et si on suit la logique de l’émission, le contre « micro trottoir » fait par Canal + le même matin selon la chaîne, est de la même veine. On commence par des gens soutenant Cuba, puis on glisse vers des opposants, notamment une Madrilène qui vitupère le drapeau cubain (1) et qui passait certainement là par hasard…. Mais de cette Madrilène on ne mettra pas la tête sur une affiche en disant « on va vous dire qui c’est celle là » ,comme cela été fait pour deux militants de Cuba Si (cela s’apparente fort aux rewards de l’Ouest américain).

Mais il y a quelques autres petites choses qui donnent le tournis. Canal + nous apprend, pour bien enfoncer le clou, que Cuba est, à leurs yeux, une dictature, que la dernière élection présidentielle (sous entendu au suffrage universel, car c’est bien entendu le top du top en matière de démocratie) aurait eu lieu dans la Grande Ile… en 1958. Tiens donc ! A cette époque c’est la dictature de Batista (une vraie dictature celle-là) qui règne. Le régime corrompu et corrupteur doit faire face à l’insurrection qui progresse dans l’île, aux revendications sociales et au mouvement ouvrier qui se développe et s’organise. Que fait Batista ? une mascarade d’élection présidentielle où se présente un candidat du pouvoir, prête-nom du dictateur. Toutes les forces démocratiques de l’île appellent au boycottage du scrutin. Moins de 20% des électeurs se rendent aux urnes. Nous sommes en novembre 1958. Le 29 décembre, Batista et les siens s’enfuient, avec une grande partie de la pègre. Le 1er janvier 1959, les troupes révolutionnaires entrent dans La Havane insurgée, accueillie par une foule en liesse. « Le fils de pute » des Américains a perdu, pour reprendre l’expression que le président Roosevelt employa à l’encontre du dictateur Somoza du Nicaragua en 1939 : « Somoza est peut-être un fils de pute, mais c'est notre fils de pute. »

Bref, la démocratie que nous a vanté, ce soir-là Le Petit Journal, c’est celle de la dictature, des corrompus, la démocratie des tenanciers de bordel. Mais soyons honnête, c’est sans doute par manque de culture historique qu’on en vient à glorifier le régime de Batista.

Un mot encore sur cette histoire de présidentielle (ah! ah! ah! dernière élection présidentielle en 1958). Le Petit Journal ne parle pas d’élections tout court. Il parle de « présidentielle ». Alors, jouons dans le même registre qu’eux. Quand la dernière élection présidentielle au suffrage universel en Grande-Bretagne a-t-elle eu lieu ? (ah ! mais suis-je bête, c’est une monarque qui est chef de l’Etat, pas d’élection, ouf !), en Allemagne ? (ah ! mais suis-je bête le président sans pouvoir est élu par le Parlement), aux Etats-Unis ? (ah ! mais je suis vraiment bête : les électeurs américains élisent un collège de délégués –avec parfois mandat impératif, selon les Etats- ledit collège pouvant élire un président dont les délégués auraient obtenu moins de voix que son concurrent). Quand a eu lieu la dernière élection présidentielle en Espagne ? (mais, c’est vrai, le dictateur Franco, qui avait une sainte horreur de la République, avait désigné comme successeur le prétendant au trône d’Espagne… exit la République.)

Le pompon de l’affaire c’est la relation de la rencontre à l’Hôtel de Ville de Paris et des attaques assez basses contre les représentants de Cuba Si.

Alors au journaliste vedette du petit Journal qui s’érige en défenseur autoproclamé de la liberté de la presse, qu’il pense, entre autres à Charb et à Wolinski qui ont payé de leur vie leur défense de la liberté de presse, qui étaient tous deux à la direction de Cuba Si et qui étaient de grands amis, des frères de combat des militants de Cuba Si présents à l’Hôtel de Ville.

(1) Rappelons à cette passante sans souci que le drapeau cubain n’est pas celui des barbudos mais a été adopté en… 1902. En dédaignant ce drapeau-là, elle dédaigne toute l’histoire de Cuba du 20e siècle…

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Published by jacques dimet
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commentaires

Geekao 06/02/2016 14:15

J'aime lire les conneries d'un mec qui ne comprend rien à la politique de Cuba, le cul visé sur sa chaise à nous chier des articles en se prenant pour Che Guevara ! Toujours plus facile d'ouvrir sa grande bouche quand on n'est dans un pays qui défend la liberté d'expression et ou l'on ne crève pas de faim ! Merci au Petit Journal de nous avoir montré un imbécile pareil !

FD93000 06/02/2016 11:13

Je ne suis pas d'accord avec tout! Même si c'est vrai que le choix de certains mots sont à revoir pour l'émission de cette chaîne française. Entre nous, comparer le système cubain avec les anglais et l'espagne, c'est comme comparer de la purée avec de la compote : ça a la même texture mais pas le même goût au final.

jacques dimet 06/02/2016 23:04

Je ne compare rien à rien. Je montre simplement que la référence de Yann Barthès, qui en général est plutôt bon, est dans ce cas stupide. Ce n'est pas parce qu'il y a une élection présidentielle au suffrage universel que le pays est démocratique et d'autre part il peut y avoir des pays démocratiques (y compris donc des monarchies) où l'élection du chef de l'Etat n'existe pas. La comparaison n'est pas entre les systèmes cubain, espagnol ou britannique, mais simplement de retourner l'argument de Barthès pour tenter d'en démontrer l'inanité.