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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 10:53

Manuel Valls est content de lui. Même quand il feint la colère. Mais le premier ministre (5% à la primaire socialiste de 2012, c’est dire comme il est apprécié même dans son camp) joue comme à son habitude avec le feu, se trompe d’époque et surtout tient des propos dangereux et… hors de propos.

Tout excité lors de son meeting présidentiel (1) de Colomiers lundi dernier (on est naturellement certain que les frais de ce meeting, abusivement appelé de la majorité alors qu’il ne regroupait qu’une fraction du parti socialiste, seront comptabilisés comme frais de campagne présidentielle…) Manuel Valls a ainsi affirmé : « Marianne, le symbole de la République, elle a le sein nu, parce qu'elle nourrit le peuple. Elle n'est pas voilée, parce qu'elle est libre. C'est ça, la République ! » Quel conservatisme ! Pour lui, le rôle de la femme est de nourrir le peuple. Dans la plus pure tradition machiste il assume à la femme un rôle uniquement nourricier. En dehors du sein, point de salut. Manuel Valls fait peut-être allusion à certaines représentations bustées de Marianne qui trônent dans les mairies où l’on devine les formes de la femme du peuple (car Marianne, comme son prénom l’indique, est d’abord une femme du peuple). Il ne se souvient sans doute pas du tableau de Delacroix « la liberté guidant le peuple » (guidant, pas nourrissant). C’est donc la figure de la liberté, sein nu effectivement, qui est debout sur une barricade ayant à ses côtés un « Gavroche », un petit-bourgeois en chapeau (soit un commerçant soit un journaliste ou un intellectuel) et un ouvrier. Elle et ils sont tous sur une barricade. Elle et ils sont armés pour faire face à l’oppression. La liberté a le teint hâlé car comme on le sait, parce que fille du peuple, « Marianne a la peau brune ».

Alors, oui, la révolutionnaire à la peau brune qui se bat avec des armes sur une barricade, c’est notre symbole, pas celui d’une bourgeoisie compassée qui fait la claque dans les meetings socialistes.

Valls parle du sein, de la nourrice, mais pas de la révolution et des armes. Un beau cas pour la psychanalyse.

Mais là où Valls se trompe encore lourdement c’est son attaque sur le vêtement lui-même.

Je ne suis ni un adepte ni un défenseur du burkini, dont je me moque éperdument. Mais d’après ce que j’ai pu en voir ledit dit maillot épouse les formes (excusez- moi du terme) de la baigneuse. Ce n’est pas un vêtement asexué : on sait à qui on à affaire. Deuxièmement le dit burkini ne cache pas le visage, ce n’est donc ni une burqua ni niquab qui, lui, ne permet de ne distinguer que les yeux. Ce n’est donc pas un vêtement « salafiste » et il est même condamné par les intégristes pour qui les femmes ne doivent pas se mêler aux hommes, etc.

Manuel Valls part aussi en guerre contre ce qu’il appelle, toujours à propos du burkini "des signes de revendication d'un islamisme politique", par-delà l’absurdité du propos a-t-on entendu une seule fois Manuel Valls partir en guerre contre le parti démocrate chrétien de Christine Boutin, ou de l’Union chrétienne-démocrate d’Angela Merkel ? Ce n’est pas l’islam politique qui est dangereux, c’est le courant droitier, conservateur, totalitaire qui peut exister en son sein. Pour ma part, bien qu’athée, je me suis toujours félicité des accords politiques que je pouvais avoir avec le père Cardenal, théologien de la libération et révolutionnaire sandiniste, avec l’ACO et la JOC qui se réclament si je ne m’abuse de la doctrine sociale de l’Eglise, d’Hugo Chavez qui affirmait sa foi catholique et en faisait une arme politique. Ce n’est donc pas un choix politique fait à partir d’une réflexion religieuse ou théologique qui est condamnable en soi. En ne focalisant que sur l’islam Valls divise et montre du doigt.

Mais le locataire actuel de Matignon est, on le sait, le Fillon du pauvre (le pôvre étant Hollande). Il ne prépare que la présidentielle, espérant que Hollande se présente et soit battu pour pouvoir être là en 2022. Sauf que François Hollande a peut-être un autre calendrier : ne pas se présenter, donc laisser filer Macron, et parier sur… une défaite de Valls, pour lui-même revenir en 2022.

Hypothèses, hypothèses.

Tous ces coups bas ne sont pas dignes de la République généreuse, démocratique, laïque et sociale. Valls, Hollande et leurs affidés sont en train de tuer la République et d’ouvrir un boulevard à la vieille droite rancie et à l’extrême-droite xénophobe et antisociale.

(1) Meeting présidentiel parce que la démission presque simultanée de Macron peut aussi signifier que Hollande a décidé de laisser la place.

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Published by jacques dimet - dans Politique
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