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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 22:48

L’élection présidentielle est dans moins de six mois et, au lieu de se décanter, la situation devient de plus difficile et semble se compliquer.

L’irruption des primaires dans le débat politique accentue la présidentialisation et les effets pervers et dangereux du système politique.

Les grands médias se comportent comme si ces primaires étaient déjà institutionnalisées et feraient partie intégrante de notre système électoral. D’où pour les deux grandes formations, le parti socialiste et les républicains, un pitoyable copier coller de ce qui se passe aux Etats-Unis. On a droit en ce moment à la droite dans tous ses états avec ces débats compassés où des candidats à la candidature, droits derrière leurs pupitres, tentent de déverser leur digest électoral en quelques secondes.

On parle et on reparle de toutes les petites phrases de la droite et, dans le même temps, on a droit aux mêmes analystes qui sautent de chaînes en chaînes et qui supputent sur les futures possibilités de candidatures du PS, se demandant chaque matin si Hollande va se jeter à l’eau ou s’il va être remplacé par Manuel Valls, qui piaffe d’impatience.

La gauche non socialiste, elle, n’arrive pas non plus à définir une stratégie commune tandis que la « gauche » du PS, ravie de jouer d’égal à égal avec les grands ne présente pas moins de trois candidats à la primaire de Cambadélis. On classera, nous, Montebourg à part. Mais être à part ne donne pas forcément une stature présidentielle.

Il reste donc en dehors de Nathalie Arthaud et de Philippe Poutou, et de Sébastien Nadot, qu’il ne faut pas oublier, comme candidatures déjà déclarées celles de Guaino, de Nicolas Dupont Aignan, de Yannick Jadot et de Jean-Luc Mélenchon.

Tout cet ordonnancement peut être complètement remis en cause d’ici fin avril, car personne ne sait qui, au bout du bout, sera réellement en piste, et c’est pour cela aussi que les sondages actuels ne sont pas crédibles car ils ne tiennent pas compte de ce que sera la réalité, mais sont le résultat d’un choix subjectif des sondeurs de qui sera candidat.

Cet ordonnancement peut être remis en cause parce que contrairement à ce que veulent nous faire entrer dans la tête les grands médias, les primaires ne sont qu’un instant de la vie politique et que, surtout, rien n’oblige dans la loi électorale, les partis ou les pré candidats, à en tenir compte.

On peut très bien avoir un Juppé désigné par les participants à la primaire LR et avoir un Sarkozy, -qui ayant décrété que Juppé s’étant allié à Bayrou, il n’a plus aucune crédibilité, - qui se présente quand même « pour le bien du pays ». Ou mettre un autre candidat dans les pattes de Juppé. L’inverse peut aussi être vrai. Un autre candidat de droite peut surgir, si c’est Sarkozy qui sort du chapeau.

Chez les socialistes, les choses peuvent plus claires et plus directes. Les primaires peuvent d’un seul coup être annulées si Hollande décide de se présenter et de faire directement appel au peuple, ce qu’il commence à faire (il suffisait d’entendre le porte parole du PS, Olivier Faure encore récemment). Cette hypothèse n’est pas absurde. L’élection de Trump peut servir Hollande et, qui sait, lui permettre de se maintenir au pouvoir. Cambadélis et Valls sont en train de déblayer le chemin et Hollande en a évoqué les grandes lignes lors de son intervention publique après l’élection de Donald Trump. En gros, la stratégie hollandaise est aujourd’hui la suivante ; le monde va mal, nos troupes mènent une guerre courageuse sur le terrain mouvant et dangereux du Moyen-Orient, nous sommes confrontés au terrorisme, les Britanniques sont en train de quitter l’Europe, l’Espagne, l’Italie sont instables, des régimes autoritaires et xénophobes s’installent dans certains pays d’Europe centrale, un nouveau président à été élu aux Etats-Unis et il ne vient pas du sérail politique. Or, nous menons une guerre sous commandement américain… Dans ces conditions le président sortant n’a plus qu’à dire, pour éviter que le trumpisme ne triomphe en France (suivez mon regard vers Marine Le Pen) et devant le danger de la situation : il faut que la France puisse être un havre de stabilité.

Ne rigolons pas. Ce cadre de coup d’Etat permanent se met en place. Les slogans répétés depuis les franges droitières du parti socialiste, jusqu’à la gauche de la gauche non socialiste, qu’il faut faire barrage au danger de la droite et de l’extrême droite, n’oublient qu’une chose : c’est que depuis près de cinq ans se sont les socialistes qui sont au pouvoir, qui mènent une politique de régression sociale, d’atteintes aux libertés, de guerre à l’extérieur sans compter les propos irresponsables et teintées de xénophobie de plusieurs ministres à commencer par le premier d’entre eux. C’est donc les socialistes qu’il faut chasser du pouvoir, et empêcher dans le même temps la droite et l’extrême-droite de revenir ou d’arriver au pouvoir.

Pour parer au danger les socialistes mettent en avant la victoire de Trump et la peur qu’il inspire, pour nous dire, en gros, il n’y a plus qu’à voter Hollande pour s’opposer à cela. Et ça peut marcher. Car s’il n’y a plus de primaires socialistes, Hollande jouant la fonction présidentielle, au-dessus des partis, alors on peut être quasiment assuré qu’aucun des prétendants à la primaire d’aujourd’hui ne voudra prendre le risque d’être celui ou celle qui aura permis au FN de gagner, même théoriquement, l’élection.

Nous n’avons plus trente-six solutions ni le temps. Si tous les candidats qui veulent un changement véritable (les trois candidats de la gauche socialiste, le candidat de France insoumise et celui du mouvement progressiste, ceux du NPA et de Lutte ouvrière) et les communistes veulent réellement trouver la solution la plus efficace, il faut, comme ne cesse d’ailleurs de le demander la direction du parti communiste, que tous ceux-là se mettent à table, ensemble, avec des syndicalistes, des associatifs et que de là émerge une candidature unique et commune, sur une base claire : pour battre la droite et l’extrême droite il faut aussi battre le candidat gouvernemental. Il nous faut donc clairement une alliance politique qui s’appuie sur le mouvement social et syndical, sur la réalité des entreprises et des quartiers populaires. Avoir maintenant une candidature communiste n’est pas contradictoire avec cette volonté. Cette candidature sera une mise à la disposition du mouvement populaire pour tenter, comme on le dit dans ces périodes qui sentent la guerre, de faire bouger les lignes. Et en disant clairement que ce n’est pas une candidature définitive.

Il faut aller vite parce que Hollande peut nous réserver des surprises.

 

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Published by jacques dimet - dans Politique
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