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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 17:22

Nous vivons dans un monde dangereux et le pire peut encore arriver dans notre pays, en France. Dans le même temps des perspectives de changements et de progrès existent. Ne nous laissons pas enfermer dans de faux débats.

Oui, chacun est à même de le mesurer, il y a un risque que le Front national et Marine Le Pen accèdent à la présidence de la République. Mais regardons ce qui bouge profondément et qui montre la coupure extrême entre le monde politico-médiatique et la réalité de la vie de dizaines de millions de personnes.

La loi Travail Valls-El Khomry a mobilisé contre elle la majorité des Français et plus encore la très grande majorité des salariés. Elle a permis une unité syndicale, par le biais de l’intersyndicale et par des actions unitaires qui continuent de multiples manières. (Notamment le meeting commun tenu récemment à Paris (1) et la plainte devant l’OIT déposée conjointement par la CGT et FO). C’est pour faire passer cette loi à tout prix que l’exécutif s’est enfermé dans l’autoritarisme avec, entre autres, l’utilisation du 49/3 et l’usage disproportionné des forces de l’ordre, sans parler de la criminalisation de l’action syndicale, politique ou associative.

Bien sûr, la loi Travail n’a pu être remisée dans les oubliettes, bien que la mobilisation populaire n’ait jamais cessée. Les tentatives d’interdire les manifestations et l’utilisation contre le mouvement social de l’état d’urgence ont joué leur rôle. Mais aussi, et surtout, le manque de volonté des députés « frondeurs » d’aller jusqu’au bout de leur logique et de voter la censure. La proximité du dépôt de la proposition de loi avec la présidentielle n’y est pas pour rien non plus. Chez certains reste tenace l’idée qu’il faut attendre l’élection et que c’est l’élection d’un bon candidat qui permettra de mettre en cause cette loi.

Or, mobilisation sociale et changement politique doivent aller de pair.

Les promoteurs de la loi Travail, des lois Macron, de la remise en cause du Code du travail, les organisateurs de la casse de l’emploi et des secteurs industriels, les partisans de la criminalisation de la vie sociale ont perdu les batailles récentes.

Qu’on ne boude pas notre plaisir : Hollande forcé de ne pas retourner devant les électeurs (ce qui permet, mais pour une part seulement, de redonner une virginité politique au parti socialiste), Sarkozy battu, Valls battu et qui trahit, une fois de plus, ses propres engagements en refusant de fait de soutenir Benoît Hamon. Tout cela confirme ce que disaient les syndicats opposés à la loi travail et aussi les communistes : ce gouvernement est, et a toujours été, minoritaire et il a conduit le pays au bord de la catastrophe.

C’est ce rejet massif des Hollande-Valls-Sarkozy qui est éminemment positif.

Il faut encore cependant construire l’alternative. A ceux qui, à gauche, s’excitent contre Benoît Hamon (certains ne le perçoivent que comme un leurre pour torpiller la candidature Mélenchon), rappelons que nous avons été satisfaits de la victoire de Jeremy Corbyn au Royaume-Uni, victoire contre l’appareil et les notables du Labour party. Et que Hamon a battu Valls parce que plus d’un million de personnes ont voté pour lui lors de la primaire socialiste. Cela étant, Benoît Hamon devrait avoir conscience qu’il est l’élu d’une primaire qui en soi a été un échec et qu’il est porteur du projet du parti socialiste, tant que lui-même ne le désavouera pas. C’est pour cela que parler de candidature unique Hamon-Mélenchon-Jadot est purement formel et entraîne la confusion.  Redisons-le : ce n’est pas la pluralité de candidatures à gauche qui menace la gauche. Hollande a été élu en 2012 alors que les candidats de la gauche non socialiste réalisaient 16% au premier tour et que Le Pen obtenait le meilleur score d’un candidat FN à la présidentielle –plus de 17%. Mitterrand a été élu et réélu en 1981 et en 1988 avec une pluralité de candidatures à gauche, notamment communistes. Lionel Jospin en 1995 et Ségolène Royal en 2007 (avec un FN affaibli à 10% mais avec Bayrou à 18%) sont parvenus au deuxième tour, avec là aussi une pluralité de candidatures à gauche. Ce n’est donc pas la pluralité des candidatures à gauche qui est dangereuse, c’est la politique du parti socialiste qui affaiblit toute la gauche. Le moyen de surmonter cela est bien de donner le maximum de voix et de soutiens à la gauche non socialiste.

Il y a aujourd’hui un candidat qui représente la gauche de changement en rupture avec la politique suivie par les dirigeants socialistes ces dernières décennies, c’est celui dont la candidature a été initiée par France insoumise et soutenue par le PCF,  Jean-Luc Mélenchon. On peut regretter, comme moi, que les communistes n’aient pas fait le choix d’un candidat issu de leurs rangs, mais maintenant que le choix est fait ne tergiversons plus et n’essayons pas de noyer le poisson en mettant sur le même plan les candidatures de Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et de Benoît Hamon.

C’est aujourd’hui le PS qui est empêtré dans ses contradictions. Il est en effet difficile pour les députés sortants d’être candidats aux législatives en reconnaissant que Benoît Hamon est le candidat du PS alors qu’ils ont voté les lois les plus hostiles au monde du travail et engagé le pays dans la guerre dans des opérations extérieures dont on voit mal comment elles peuvent éradiquer le terrorisme. Se pose donc la question de la nouvelle majorité politique à construire, car que ce soit Mélenchon ou Hamon qui l’emporte il faudra bien s’appuyer sur une majorité politique à l’Assemblée et donc que les électrices et électeurs fassent élire un maximum de candidats se réclamant de cette gauche non socialiste. Et les candidats socialistes sortant devront définir clairement leur accord avec ce pacte politique commun, s'il existe, s’ils veulent avoir une chance de retourner dans l’Hémicycle.

Naturellement oui au débat avec toutes les forces qui ne se reconnaissent pas dans le quinquennat Hollande-Ayrault-Valls-Cazeneuve, mais dans la clarté sur les objectifs.

 

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Published by jacques dimet - dans Politique
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