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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 00:19

Paru dans l' Humanité du 12 Avril, 2013 link

 C’est le 19 avril 1943, avant l’aube, que les troupes du IIIe Reich pénètrent à l’intérieur du ghetto de Varsovie. L’ordre de liquidation a été donné. Pour le général SS Jürgen Stroop, l’opération ne doit durer que trois jours.

En face des troupes nazies, se trouvent quelques milliers – de 20 000 à 30 000 – d’hommes, de femmes et d’enfants affamés et promis à une mort annoncée. Les troupes allemandes ont encerclé le ghetto et les premiers véhicules blindés entrent à l’intérieur.

Depuis les toits, cachés dans les immeubles, des groupes de résistants armés accueillent les SS à coups de grenade et de fusil. Stroop avait disposé quelques centaines d’hommes, il fait venir précipitamment des renforts, composés pour une bonne part de détachements SS lettons, lituaniens et biélorusses.

Alors que les troupes du IIIe Reich se sont enlisées face à la résistance de Stalingrad – Paulus a capitulé le 31 janvier 1943 –, l’insurrection du ghetto devient un immense cri à la face du monde.

La résistance est menée essentiellement par des jeunes regroupés dans le Bloc antifasciste, créé en mars 1942 par les organisations politiques clandestines du ghetto. Son bras armé est l’Organisation juive de combat (OJC), dont le commandant en chef, âgé de 23 ans, est Mordechaj Anielewicz (issu de l’Hachomer Hatzaïr) et dont l’état-major comprend des sionistes travaillistes, des syndicalistes, des socialistes non sionistes (du Bund), des communistes. Un autre groupe armé, plus conservateur, est constitué autour de l’Armée juive. Il s’agit naturellement de groupes clandestins. Le Parti communiste (1), reconstitué en 1942 (Parti ouvrier polonais), a même parachuté certains de ses cadres dans le ghetto pour aider la résistance.

C’est en novembre 1940 que les occupants organisent des transferts de population à l’intérieur de Varsovie, les juifs des villages alentour et ceux de la capitale sont regroupés dans un quartier – le ghetto –, d’où il leur sera interdit de sortir sans autorisation sous peine de mort. Il existe deux ghettos – le petit et le grand –, reliés par une passerelle. Les rations alimentaires sont limitées à 184 calories par jour. Les juifs sont regroupés sur 300 hectares, pour 150 000 habitants. Le ghetto comptera jusqu’à 500 000 personnes. En décembre 1940, un mur entoure le ghetto. Pour survivre, les habitants creusent des tunnels, l’organisation du marché noir se met en place, des contacts avec l’extérieur tentent d’être pris. La vie s’organise à l’intérieur.

La résistance polonaise est elle-même divisée entre la résistance proche des milieux communistes (la Garde populaire, qui deviendra plus tard l’Armée populaire – une armée polonaise a également été créée à Moscou) et la résistance nationaliste, qui dépend du gouvernement en exil à Londres, l’AK (Armée du pays). L’AK est majoritaire, sauf dans certaines régions ouvrières.

Les premières déportations vers le camp d’extermination de Treblinka commencent le 23 juillet 1942. Adam Czerniakow, responsable du Judenrat (l’administration du ghetto) et qui est une figure de la communauté juive, refuse d’envoyer les enfants vers l’est, comme le lui demandent les autorités allemandes, et se suicide.

À la fin de la première vague de déportation, en septembre 1942, il ne reste que 60 000 survivants dans le ghetto. Les autres sont morts dans les camps d’extermination, ou de maladie et de faim à l’intérieur des murs.

La deuxième action de déportation débute le 18 janvier 1943, alors que la résistance de l’intérieur se consolide (presse et littératures clandestines, tracts, appels à l’action, incitation à la lutte armée). Lorsque les nazis décident de liquider le ghetto, les antifascistes comptent 2 000 combattants, mais l’insurrection sera le fait de l’ensemble de la population.

Après les actions de la résistance, le détachement nazi est obligé de fuir le ghetto le premier soir. Le lendemain après-midi, les Allemands réinvestissent les lieux, ils doivent à nouveau fuir sous la pression des combattantes et des combattants (les femmes étaient nombreuses dans les groupes de combat). Les insurgés hissent deux drapeaux sur les ruines, le juif (blanc et bleu) et le polonais (rouge et blanc).

Après vingt-neuf jours de combats acharnés, pendant lesquels les troupes SS détruisent chaque immeuble et traquent la population dans les caves, les égouts, les canalisations, le ghetto est rasé. Mordechaj Anielewicz se suicide pour ne pas tomber vivant aux mains des nazis.

6 000 insurgés sont morts dans les combats, 7 000 ont été fusillés sur place. Le général Jürgen Stroop peut télégraphier à Berlin, le 16 mai 1943 : « Il n’y a plus de quartier juif à Varsovie. »

 

(1) Le Parti communiste polonais (KPP) a été dissous 
par l’Internationale communiste en 1938, et ses principaux dirigeants furent fusillés par Staline.

Jacques Dimet

 

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Published by jacques dimet
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